Soir de match à Brutus avec le "Doc" des Dragons

Partager l’intégralité d’une rencontre aux côtés du médecin des Dragons était une invite plus qu’alléchante… Surtout quand la personnalité de l’intéressé dépasse, et de loin, les seules contingences médicales. A la fois, praticien, confident et proche des joueurs, -notamment des premières lignes qu’il affectionne-, Philippe Roques est un de ces êtres charismatiques grandi dans le giron du XIII Catalan, dont les compétences professionnelles n’ont d’égal que son enthousiasme et son entier dévouement à la cause du rugby.

17 h. - De retour du petit happening pour fêter la 100 ème de Raguin, les « Dracs » regagnent la salle kiné en file indienne. Chacun, à sa manière, salue le « Doc » ou l’interpelle pour un problème particulier. Des cachets d’Immodium pour une diarrhée persistante à une pommade hémorroïdaire en passant par des comprimés anti-douleur, qu’un des joueurs lui demande régulièrement « comme un médicament rituel pour vaincre le signe indien », le toubib se prête volontiers aux exigences tandis qu’à l’intérieur le reste du staff « santé » vaque à ses occupations. Deux kinés plus deux préparateurs physiques en l’occurrence qui d’une table de massage à l’autre cocoonent et relaxent l’ensemble de la formation. Dans la pièce ou les odeurs d’huile essentielle se mêlent à celle du camphre et autres liniments, les joueurs silencieux, se laissent strapper come de gros bébés. « Pour la majorité d’entre eux qui ont des blessures anciennes à protéger, la phase « strapping » avec bandages et protections sur les divers membres est d’une importance capitale », souligne Philippe Roques. Prévenir pour mieux re-guérir en quelque sorte !

17 h 30. - Pendant que le président Bernard Guash, en costume et cravate, effectue sa coutumière revue de troupe, quelques joueurs en profitent pour discuter avec le « Doc ». Un tel qui attend avec impatience les résultats d’une échographie musculaire. L’autre, strappé sur toute l’épaule, quêtant le regard de Philipe, plus pour le rassurer que pour se plaindre. Genre, ça va tenir Philippe, no problème… Car, bobo ou pas, c’est pour tous, le courage et l’envie de jouer qui prédominent. Durs aux coups comme au mal les « Dracs », c’est une antienne que nul ne conteste. C’est pour cela sans doute, que le public les tient tant en estime. Mais croisons les doigts ajoute le président avant de regagner les tribunes : « Il y a longtemps qu’on n’avait pas eu une infirmerie aussi vide ». A ses côtés, Jean-Claude Pignol, le seul kiné autorisé à pénétrer sur la pelouse pour informer le « Doc » sur la gravité des blessures, acquiesce en souriant. Pourvu que ça dure en effet…

LE THORAX ET LE NEZ DE MENZIES...

18 h 5. - Le temps d’entrevoir les impressionnantes musculatures de Ferriol et de Fakir se glisser à grand peine dans les maillots, l’équipe s’apprête à partir pour l’échauffement. Quinze à vingt minutes pour distendre et assouplir les muscles. Elever sensiblement le rythme cardiaque également, de façon à atteindre les 120 pulsations au coup d’envoi, précise le « Doc ». Un genre de « warm-up », comme l’appelle Philippe Roques qui peut parfois, comme aujourd’hui, engendrer de préjudiciables ratés. L’incident de course en l’occurrence a pour nom Steve Menzies. Joueur-clé du dispositif s’il en est, qui grimace en se tenant le thorax à demi-heure du coup d’envoi. Diagnostic du « Doc » : contracture au grand pectoral. Allongé sur une des tables, l’Australien est aux mains d’un kiné qui parvient à faire céder le point douloureux, mais le choix à prendre reste entier. Doit-on le remplacer au pied-levé, retarder son entrée ou le considérer comme opérationnel ? En quelques secondes, le coach Trent Robinson, Philippe et le kiné se concertent. Mais c’est au joueur que revient le dernier mot. « C’est OK », dira finalement Menzies au soulagement de chacun. Visages durcis et yeux dans le vague, les treize joueurs sont sur leurs starting-blocks.

18 h 29. - Sous les acclamations de leurs milliers de supporters, les « Dracs » pénètrent sur la pelouse, tandis que le « Doc » s’installe debout au-dessus de la cahute des remplaçants. A quelques mètres du terrain l’intensité des chocs, des premiers plaquages impressionne autant qu’elle accroît la tension. Sur une attaque des Catalans, le kiné, Jean-Paul Pignol se porte à la hauteur du pilier Paea qui semble boiter bas. Mais ce dernier le rassure d’un geste.
A la demande de l’entraîneur adjoint Guisset qui reçoit les ordres de Trent Robinson depuis les tribunes, le kiné va ainsi régulièrement aller à la pêche aux infos… Pour savoir si Ferriol quelque peu diminué veut laisser sa place. Pour s’inquiéter des aléas d’un gros tampon subi par Casty. Puis quelques minutes plus tard, pour soigner cette fois Steve Menzies, victime d’une manchette à la face. C’est décidément pas le jour de « Beaver », remarque un préparateur inquiet. « Nez cassé, simple hémorragie nasale ? », s’interroge Philippe Roques.
En bordure du terrain mais sans franchir la ligne de touche, le kiné met des mèches dans le nez de l’Australien pour parer au plus pressé. Prouesse médicale effectuée au plus vite mais qui s’avérera toutefois préjudiciable dans le jeu, puisqu’en renversant aussitôt l’attaque grand côté, les Anglais vont bénéficier du surnombre de leurs trois-quarts.
Menés 18-10 à la pause, rien n’est encore perdu pour les « Dracs » qui font le point, portes closes, dans les vestiaires.
Un sachet d’anticoagulant à la main pour endiguer l’hémorragie de Menzies, le « Doc » va aux nouvelles. Mais le joueur des Antipodes qui en a vu bien d’autres le rassure d’un clin d’œil. De retour sur le green après un superbe essai des « Sang et Or » ramenant le score à deux petits points (24-22), les encouragements du public poussent le banc à l’optimisme… Jusqu’à ce qu’un énième essai des gars de Hull, accentue à nouveau la tension. Faute de soins à prodiguer, Philippe Roques et le staff médical donnent de la voix et du geste, tandis que l’entraîneur-adjoint alterne les divers dispositifs du coaching. Fakir, Ferriol, Paea, Battieri, Casty, Pélissier, rentrent et sortent ainsi à tour de rôle. En vain, hélas, au grand dam des supporters comme des managers.

20 h 20. A- l’heure où les chants anglais résonnent dans l’enceinte des vestiaires, le coach australien résumera le match à ses poulains d’une formule opportune. « Vous avez fait le 25 ème match du championnat, vos adversaires, eux, étaient en phase finale… »
Rien à rajouter de plus, précisait Philippe Roques. Rien, si ce n’est pour lui, l’objectif d’effectuer un nouveau bilan médical à l’issue du décrassage du lendemain. « Car à chaud, avec le poids de la défaite en sus, aucun des joueurs ne dirait rien », commente-t-il. Les langues se déliant, après une nuit de repos, corps et âmes seront beaucoup plus transparentes. « Mais une chose est sûre », conclue-t-il, « il faudra tout remettre en état pour réagir à Salford, dimanche prochain… » D’une casquette de toubib à celle d’ancien joueur treiziste et d'inconditionnel des "Dracs", la filiation à l'évidence est on ne peut plus ténue chez Philippe Roques. Chassez le naturel…

Commentaires

Portrait de Le Diable

Très bel article à propos du

Très bel article à propos du meilleur médecin du sport de tous les temps, tous sports confondus !! Crown
Vive le docteur Roques ! Vive les Dragons Catalans !

"S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là". V. Hugo