Peter Harding : "Nicolas Mas est le leader"

Peter Harding, 51 ans, est depuis quatre ans le préparateur physique des Wallabies, après avoir rempli le même rôle à Parramatta Eels (NRL), à l'UTC avant l'entrée des Dragons Catalans en Super League, à l'AS Montferrand et aux London Irish. A l'approche de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, il nous a accordé une interview avec la complicité de Laurent Garnier, un Français entraîneur des juniors de Wynnum Manly Seagulls, club treiziste du Queensland.

QU'AVEZ-VOUS RETENU DE VOTRE PASSAGE À L'UTC ?

C'était différent de ce que j'avais connu jusque-là, et agréable. Je me souviens de joueurs très responsables, désireux d'apprendre, et possédant déjà une attitude professionnelle. Nous aurions dû remporter le Championnat et la Coupe de France, cette année-là.

QUEL ÉTAIT LE MEILLEUR JOUEUR, À L'ÉPOQUE ?

Tous étaient de qualité. Renaud Guigue et David Berthezène, en particulier, étaient concentrés sur leur job, et souhaitaient s'entraîner dur pour réussir. Je ne peux pas, non plus, ne pas évoquer "Cabes" (ndlr : Didier Cabestany), un gros travailleur.

ET LE PLUS PERFORMANT DES JOUEURS DE MONTFERRAND, LORS DE VOTRE PASSAGE À CLERMONT, ENTRE 2002 ET 2005 ?

Olivier Magne était un exemple pour ses coéquipiers. A la fois élégant et rapide sur le terrain, il s'entraînait dur, tout le temps. Mais, globalement, tous les internationaux français étaient très bien préparés, de même que le Gallois Steven Jones et l'Argentin Gonzalo Longo.

QUELLE DIFFÉRENCE AVEZ-VOUS NOTÉ ENTRE CLERMONT ET LES LONDON IRISH, AU NIVEAU DE L'ENTRAÎNEMENT ?

L'approche de l'entraînement, chez les Anglo-saxons, est axée sur la discipline. Rien de ce que je leur proposais ne rebutait les joueurs. Le groupe, à Londres, était plus homogène en terme d'engagement. Vous n'aviez pas besoin de les inciter à travailler. Et c'était le cas dans toutes les équipes du club. On observait une attitude identique, des moins de 18 ans à l'équipe fanion. A l'ASM, on pouvait par contre noter une différence significative entre les joueurs internationaux et les autres, pas en terme de technique, mais de volonté.

QUELS AUTRES SPORTS QUE LE RUGBY PRATIQUENT LES WALLABIES ?

Aucun, en ce moment, où tout le travail est concentré sur le rugby. Mais, naturellement, en salle de fitnes, nous utilisons toujours l'haltérophilie, et ce n'est pas nouveau.

SELON VOUS, POURQUOI LES ÉQUIPES DU SUD, À XV COMME À XIII, SONT PLUS PERFORMANTES QUE CELLES DE L'HÉMISPHÈRE NORD ?

La grosse différence, pour les nations européennes, c'est que chez elles le football est le sport roi. Tous les enfants veulent taper dans un ballon rond. Quand je vivais à Londres, j'ai assisté à de nombreux matchs de foot, et je puis vous assurer que les clubs possèdent de splendides athlètes. Alors qu'en Australie et en Nouvelle-Zélande, tout tourne autour du XV et du XIII.

PENSEZ-VOUS LES WALLABIES CAPABLES DE BATTRE LES ALL BLACKS, LORS DE LA COUPE DU MONDE ?

C'est du 50-50, en ce moment.

LE DEMI D'OUVERTURE AUSTRALIEN QUADE COOPER PEUT-IL ÊTRE LA STAR DU MONDIAL 2011 ?

Oui, au même titre que James O'Connor et Kurtley Beale. Mais à l'arrivée, ce sont toujours les avants qui gagnent les matchs.

PENSEZ-VOUS QU'IL EST PLUS DIFFICILE DE DÉFENDRE SUR SONNY BILL WILLIAMS QUE SUR N'IMPORTE QUEL AUTRE NÉO-ZÉLANDAIS ?

Pas vraiment. Défendre sur Dan Carter, Ma'a Nonu ou Conrad Smith, n'est pas davantage une mince affaire.

QUEL SERA LE JOUEUR FRANÇAIS LE PLUS DANGEREUX, EN COUPE DU MONDE ?

Nicolas Mas, parce que à mon avis c'est le leader du pack. Les troisièmes lignes aile sont également redoutables, de même que Dimitri Yachvili pour son jeu au pied. Les trois-quarts ne sont mauvais, non plus. N'importe comment, toutes les équipes craignent les Français, car ils sont capables de battre n'importe qui.

SI VOUS AVIEZ LA POSSIBILITÉ DE CHOISIR UN JOUEUR DE NRL POUR RENFORCER LES WALLABIES, QUI SERAIT-IL ?

L'arrière de Melbourne Storm et des Kangourous, Billy Slater.

ET, À L'INVERSE, QUEL WALLABY S'ADAPTERAIT LE PLUS FACILEMENT À LA NRL ?

James O'Connor.

ESTIMEZ-VOUS QU'UN JOUR LA RUGBY LEAGUE ET LA RUGBY UNION JOINDRONT LEURS FORCES POUR CONTRER L'INFLUENCE GRANDISSANTE DE L'AUSTRALIAN FOOTBALL LEAGUE ?

Si vous voulez parler de la création d'un nouveau rugby, cela n'arrivera pas. Ce ne sont pas les mêmes sports. Le XIII et le XV préféreront changer quelques-unes de leurs règles pour devenir plus attractifs, mais c'est tout.

JUSQU'À QUAND ÊTES-VOUS LIÉ AVEC L'AUSTRALIAN RUGBY UNION, ET AVEZ-VOUS IDÉE DE CE QUE VOUS SOUHAITEREZ FAIRE, ENSUITE ?

Je suis sous contrat jusqu'à la fin 2011, et je n'ai pas encore songé à mon futur. Toute mon attention était jusqu'ici focalisée sur les Tri-Nations, et désormais sur le Mondial. Mais revenir ensuite travailler en France me plairait beaucoup.

EN QUOI CONSISTE EXACTEMENT VOTRE TRAVAIL AU SEIN DE L'ARU, COMME "NATIONAL STRENGTH AND CONDITIONING COACH" ?

Durant la saison du Super 15, je suis chargé de collecter les informations fournies par les GPS dont sont équipés les Wallabies lors de leurs séances d'entraînement dans leurs équipes respectives. Ce qui nous permet de planifier nos propres entraînements, en sélection, en fonction des besoins de chacun d'entre eux. Le GPS nous éclaire sur les atouts et les points faibles de nos joueurs internationaux.