Le bar des Platanes (3)

- Bonjour la compagnie... Bon dia Mme Cléo.
- Bonjour M. César ... Belle journée hein ? Un café, comme d'habitude ?
- Antoine n'est pas là ?
- Je le vois qui arrive. Bonjour M. Antoine !
- Bonjour tout le monde. Tout va bien?
- Alors M. Antoine, content de votre USAP ?
- Et bé oui. On a gagné !
- Moi, je rigole. Je suis écroulé de rire...
- Ah bon ? Je suis ravi que la victoire de l'USAP emplisse de joie et d'allégresse un treiziste comme vous...
- C'est une façon de parler, mon pauvre Antoine. À XV il y a plus d'en-avant que dans la balle au prisonnier. Mêlée, touche, chandelle, en-avant et pénalité. Qu'est-ce qu'on se régale !
- Parce qu'à XIII, il n'y a jamais d'en-avant peut-être ? À votre avis, à cause de quoi ils ont perdu vos Dragons l'autre jour face à « truc-machin-rington », je ne sais pas comment vous dîtes ? S'ils n'avaient pas commis un en-avant fatal...
- Oui, mais ce n'est pas pareil...
- Un en-avant c'est un en-avant, à XIII comme à XV... Vous commencez à m'énerver. Est-ce que je critique le XIII, moi ?
- On se calme, Antoine, on se calme.

(Silence à peine troublé par le bruit du percolateur réchauffant un petit pot de lait)

- Mme Cléo, vous me refaites un café s'il vous plaît ?
- Attention César, vous allez être excité !
- Sachez, Antoine, que je le suis déjà.
- Ah bon, et pourquoi donc ?
- À cause de vous et de vos paroles perfides sur le XIII...
- Mais je n'ai rien dit...
- Non, mais je sais ce que vous pensez !
- Et je pense quoi ?
- Vous le savez bien ce que vous pensez. Pas la peine que je vous le dise.
- Mon pauvre ! Mais je ne pense à rien, croyez-moi. À rien...
- Vous ne pensez à rien ? C'est vous qui l'avez dit.
- Oui je l'ai dit... Et alors
- Pour une fois qu'un quinziste reconnaît qu'il ne pense à rien... Cette seule idée me calme et m'apaise. Qu'en pensez-vous, Mme Cléo ?
Interpellée, la blonde tenancière dont le décolleté vertigineux faisait loucher les deux compères, lança : « Vous savez, moi ce que j'en pense... »