Le bar des Platanes (2)

- Bonjour la compagnie... Bon dia Mme Cléo.
- Bonjour M. Antoine... Belle journée hein ? Un café, comme d'habitude ?
- César n'est pas là ?
- Je le vois qui arrive. Bonjour M. César !
- Bonjour tout le monde. Tout va bien?
- Alors M. César, toujours treiziste ?
- Toujours. Et vous, toujours quinzophile ?
- Et bé oui. Que voulez-vous, je préfère...
- Il faut de tout pour faire un monde. Je suis allé voir les Dragons samedi. Quel match !
- Oui, mais vous avez perdu, mon pauvre César... Vous me direz, vos Dracs, ils ne jouent que contre des Anglais dont je n'arrive même pas à prononcer le nom. Alors qu'ils perdent ou gagnent, tout le monde s'en fout, sauf à Ille-sur-têt et à Palau. Et encore !
- Voilà bien un truc de quinziste. Votre mauvaise foi me fait peine... Vous croyez peut-être que votre prochain match contre Castres intéresse quelqu'un ailleurs qu'ici ? Personne ne sait où c'est...
- Ne sait où c'est quoi?
- Castres...
- Au moins est-ce en France. Pas besoin d'aller chercher ailleurs.

(Silence à peine troublé par le bruit du percolateur réchauffant un petit pot de lait)

- Oui, mais nous, à Brutus, on a un public, un vrai !
- Parce qu'à Aimé-Giral vous pensez que nous n'en n'avons pas ? Mon pauvre César, vous perdez la tête....
- Vous avez du monde, ça oui ! Mais surtout nombre de malappris qui sifflent l'équipe visiteuse à son entrée sur le terrain. Ces gens-là font honte à toute la Catalogne et à l'Andorre réunies.
- Là, je vous rejoins. Mais comment le savez-vous ? C'est donc que vous vous vous rendez à Aimé-Giral ?
- L'hiver, quand il fait froid et que les Dragons sont au repos... Et vous, n'allez-vous jamais à Brutus ?
- Oui, l'été, quand il fait chaud et que l'USAP est à la plage.
- Et vous aimez ?
- Assez. Et vous, le XV, vous appréciez ?
- Comme vous le XIII. Mais vos gueulards, quel dommage... On dirait des, des... euh... footballeurs !
- Des footballeurs ? Quand même, vous y allez fort !
- Si, si. Antoine, je vous assure...C'est d'autant plus stupide que cette attitude renforce la détermination de l'adversaire...
- Vous voyez bien, mon cher César, qu'Aimé-Giral a un public sportif et fair play. Nous REN-FOR-ÇONS l'adversaire !
- Je vois surtout que, comme disait Audiard, "les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît". Pas vrai, Mme Cléo ?
Interpellée, la blonde tenancière dont le décolleté vertigineux faisait loucher les deux compères, lança : "Té, c'est pas con votre truc ! "