Frédéric Vaccari le sniper

PHOTOS HERVÉ LEBRUN ET DAVE WILLIAMS

Il a tenu bon. En 2009, bien que Dragon depuis le mois de juillet 2008, Frédéric Vaccari n'a jamais disputé le moindre match de Super League.
"Le plus dur, fut de ne recevoir aucune explication", se souvient le dynamique ailier, venu relativement tard au rugby (à 14 ans, comme minime, à Pujols), son père, Robert, lui-même ancien joueur de XV au SA Villeneuve-sur-Lot, l'ayant d'abord dirigé vers le karaté. "Je rêvais de rugby depuis tout petit, mais j'ai pratiqué ce sport de combat durant quatre ans, pour apprendre à encaisser les coups, disait mon père."
Fred ne pratique donc le rugby que depuis neuf ans, mais très vite, le jeune arrière-ailier démontra de réelles dispositions. Après s'être révélé à Villeneuve, il dispute la saison 2007-2008 au Toulouse Olympique, avant de rallier Perpignan fin juillet. Et c'est dans les rangs de l'UTC que patientera le frère de Stéphanie, 29 ans, ancienne spécialiste de l'aviron "à un bon niveau".

CONTACTÉ PAR L'ITALIE, COMME PALA

Aujourd'hui, Fred est international, comme le cousin de son père, Federico, l'a été en Italie, mais à XV. Un maillot que lui-même (ses grand-parents paternels sont originaires de Bergame) aurait pu revêtir, comme Fabien Poggi, l'ailier de Lézignan, ou Christophe Calégari, le centre de Palau : "Le sélectionneur transalpin nous avait appelé, Mathias Pala et moi, mais je venais d'être retenu pour les Four Nations."
Le bleu de France, plus prestigieux, a eu sa préférence, et personne, chez nous, ne s'en plaindra. Comme personne ne regrette sa mise sur orbite avec les Dragons, l'an passé : 15 matchs, 6 essais. Le même nombre que cette saison, mais cette fois en sept rencontres seulement, car il est devenu un tireur d'élite.
De ses deux dernières conclusions, inscrites à Wakefield, il nous parle : "Sur la première, je suis au soutien de Clint Greenshields, parti de loin pour percer la ligne défensive adverse. Et c'est une longue passe du même Greeny qui m'offre la seconde."
Mais son envol, cette année, date de Warrington, le 3 avril. Essai ! Avec Jean-Phi Baile et Scott Dureau, nous défendons, le ballon tombe des mains de l'adversaire, Scott le pousse au pied dans ma direction, et voilà."
Cinq jours plus tard, c'est l'incroyable victoire à Wigan, 47-28. Un doublé ! "Sur le premier, je suis au relais de Daryl Millard, qui récupère un ballon lâché. Sur le deuxième, j'ai de la chance, Scott délivre un coup de pied, Daryl et moi faisons pression sur la défense des Warriors, dans leur enbut, personne chez eux ne ramasse la balle, et je plonge."
A écouter Fred le sniper, course rageuse et atypique, un peu à la Tim Wilby, l'ancien attaquant anglais du Pontet et de Lézignan, on pourrait croire que tout cela est facile. Mais, derrière, il y a forcément le talent, plus la patte de Trent Robinson : "Si nous sommes à l'aise, cette année, c'est que la façon de travailler est différente. Le travail physique est englobé dans un tout, et on a l'impression de produire moins d'efforts, donc on adhère d'autant mieux à ce qu'il exige de nous."
"Le moindre détail est décortiqué, tout est dans la répétition des gestes, de sorte que cela devient une habitude", note Frédéric, bientôt 24 ans, et plus performant que jamais.
Tant mieux, parce que Wigan viendra chercher sa revanche, samedi à Montpellier.

"ON LES A ÉTOUFFÉS"

Près de deux mois plus tard, que reste-t-il à Frédéric, comme image forte de ce jour à marquer d'une pierre blanche ? "Notre cohésion, notre communication, nos encouragements mutuels, dans les vestiaires avant le coup d'envoi. Ensuite, nous avons tellement bien respecté le système de jeu que tout ce que nous entreprenions fonctionnait. On aurait battu n'importe qui, ce jour là. On a étouffé nos adversaires, à l'envie."
En face, se trouvait pourtant la crème anglaise. "Avant le match, on avait insisté sur le fait qu'il nous fallait bloquer l'arrière Sam Tomkins, pour éviter qu'il n'apporte son soutien aux attaques de son équipe. Et il ne nous a pas inquiétés. Personne d'autre que lui, d'ailleurs. Nos avants ont fait un boulot énorme, Tomkins n'a donc pu relancer comme il le souhaitait, et cela a facilité notre tâche, nous les trois-quarts."
Wigan après Warrington (succès 22-20), quelle semaine ! L'un est-il plus dangereux que l'autre ? Réponse de Fred : "Warrington vient de corriger Leeds, et Wigan s'est bien relancé. Peut-être Warrington possède-t-il plus d'individualités de valeur, encore, que Wigan, et pour moi c'est l'équipe qui produit le plus de jeu."
Pas comme les Dragons à Huddersfield (défaite 16-30), le 22 mai : "Ce n'est pas Huddersfield qui a été bon, c'est nous qui avons été mauvais. Ce jour-là, les Giants ont montré moins de bonnes choses qu'à Brutus le 30 avril (ndlr : victoire des Catalans 13-12), mais nous étions focalisés sur notre agressivité, et avons oublié de jouer." Preuve que la seule bonne volonté ne suffit pas à faire un bon match.
Changement de décor, en suivant à Wakefield, un bon gros 42-22 dans la poche. Mais l'effort demandé sera plus important, encore, pour espérer vaincre Wigan, au stade Yves Du Manoir.
Frédéric le sait, et il table notamment sur les liens forts qui unissent les Dragons, cette saison. A ses yeux, "Damien Blanch est le plus rapide, Steve Menzies le plus doué techniquement, David Ferriol le plus vaillant, Jason Baitieri celui qui aborde chaque match avec la même hargne."
Le plus drôle dans le vestiaire ? "Lopini Paea."
Et si tous vivent si bien ensemble, cette saison, c'est aussi parce que les nouvelles recrues se sont mises sans rechigner au Français, une langue pourtant difficile à apprivoiser : "Ian Henderson et Scott Dureau sont ceux qui font le plus d'efforts. Ils essaient toujours de comprendre ce qu'on dit, et nous demandent de leur traduire nos propos."
Samedi, c'est ce qu'exigent Trent Robinson, Laurent Frayssinous et Jérôme Guisset, que les Dragons devront traduire. En Catalan, car sous le maillot sang et or ils ont pris l'habitude, cette année, de parler d'un seule voix. Et Fred, l'ancien karatéka, fera en sorte d'être à la fois Tori, celui qui attaque, et Uke, celui qui défend.