Cozza nostra

Très tôt, bien avant Sylvie-Laure, il a épousé LA cause. SA cause. NOTRE cause, dit-on à Tonneins ou à La Réole, fiefs treizistes par excellence, demandez plutôt à un certain Jean-Jacques Cologni…
Si Christian Cozza n'a pas le palmarès du père d'Aurélien, il n'a rien à lui envier, au plan de la ferveur pour un sport qu'il défend aujourd'hui au sein du staff des Dragons, dans un rôle d'homme à tout (bien) faire lui allant comme un gant. Sur un terrain, il n'en prenait pas toujours, pour faire reculer le joueur adverse, mais pour autant il n'était pas un homme de débordement. Ni de violence, ni ballon en mains, même si, coquin, il aimait parfois déserter le camp des "gros" pour se transformer en trois-quart centre. C'est que "Couscous" jouait pilier, mais avec une âme, et des gestes d'attaquant.
Mais avant d'avoir droit de cité, sous les remparts de celle de Carcassonne, le cube girondin avait fait ses classes à Tonneins, sous la coupe de Louis Bresolin, père estimé d'une école de rugby qui ne l'était pas moins. A 20 ans, repéré par les sergents recruteurs de l'ASC, il basculait dans un autre monde. Celui des "Pique" Garcia, André Malacamp, Guy Alard, Raymond Toujas "Le minet", Adolphe Alesina. Des stars en compagnie desquelles, deux saisons durant, il tutoya les sommets, atteignant même, en 1981, une finale de Coupe de France hélas jamais disputée. Fort de cette courte, mais utile expérience, il en fit ensuite profiter La Réole, club avec lequel il remporta, en 1990, le titre de champion de France de 2è division, associé à Andy Bentley, le père de Kane et Andrew, André Fabre, Gilles Lavèvre. Puis, les années passant, Christian était toujours là. Pour notamment échouer d'un point en finale du Groupe B de Nationale, devant Lézignan, ne remisant le maillot qu'à l'âge respectable de 45 ans, histoire de jouer dans la même équipe que son fils aîné, David.
Mais si, à La Réole, on porte en haute estime le minutieux préposé au matériel des Dragons, c'est aussi parce que il a rempli avec la même humilité, et le même sérieux, les tâches d'éducateur (des frères Bentley, entre autres), d'entraîneur, et de président. Un homme à tout faire, déjà, qui ne soupçonnait pas encore que le 10 août 2007 il emmènerait femme, enfant (Mathieu, 11 ans, poussin élevé au grain du XIII Catalan), et bagages, à 500 km de là.
La vie de la famille Cozza prenait, d'un coup, le virage du haut niveau. Mais laissons raconter le parrain des joueurs…

LES DÉBUTS

" Je voulais vivre au plus près l'aventure des Dragons, d'où notre emménagement à Bompas. Je me suis mis en disponibilité de la mairie de La Réole, mon épouse s'est faite muter au commissariat de Perpignan, et tout a commencé, via Bernard Guasch, avec lequel j'avais été international cadet, par le flocage des maillots de la finale de la Cup. Le 12 novembre 2007, j'étais embauché officiellement chez les Dragons Catalans. "

LES ENTRAÎNEURS

" Mick Potter, comme moi, aimait le travail bien fait. Il était introverti, et au départ je le craignais. Et au fil du temps, j'ai beaucoup appris, à ses côtés. J'en conserve un super souvenir. Kevin Walters, lui, avait un grand coeur, mais il a connu deux saisons difficiles, ici, même si l'équipe a disputé en boulet de canon le dernier mois du championnat 2009, étant à deux doigts de disputer la finale, après avoir raté de peu la dernière marche, à Leeds. Concernant Trent Robinson, je ressens la même chose qu'avec Mick…"

LES MATCHS LES PLUS MARQUANTS

" Mon premier, en février 2008 à Castleford, où nous avions gagné. La victoire inespérée sur Bradford, alors que nous étions menés par plus de 30 points d'écart en début de seconde mi-temps. Une autre, en play-off, où à Perpignan Warrington encaisse cinquante points, avec Morley et Westwood tirant la langue, en fin de match, par une chaleur écrasante. "

UN EXPLOIT

" Les Catalans sont menés au score, à Brutus, quand la sirène retentit : perdu pour perdu, Thomas Bosc tape loin à suivre au premier tenu, et Clint Greenshields est le premier sur le ballon pour l'essai de la victoire. "

JOUEURS MARQUANTS

" Je n'ai pas connu Stacey Jones, mais Alex Chan, si. Il était respecté de ses coéquipiers, apportait au groupe sa sérénité. Et d'une volonté… Je me souviens d'un match qu'il avait tenu à disputer, alors qu'il ne s'était pas entraîné de la semaine, blessé à une cheville. A côté d'un joueur aussi généreux, les autres ne se sentaient pas le droit de lâcher. Et si je n'ai pas, en raison de ma fonction, à avoir de préférence, j'avoue que Jason Croker, Dane Carlaw, John Wilson, m'ont également beaucoup marqué. Comme Younès Khattabi pour sa gentillesse. Jamal Fakir, lui, est l'idole de Mathieu, mon fils. "

LES MEILLEURS

" Alex Chan était un monstre, Jamal Fakir c'est la puissance, David Ferriol la méchanceté maîtrisée. Il est craint de tous ses adversaires, et ne se plaint jamais. Je l'ai vu, la saison passée dans le vestiaire de Wigan, après un match, me demander une glace afin de se remettre lui-même en place son nez, fracturé et déplacé. Comme si de rien n'était ! Mais, en fait, tous méritent mon admiration, tellement ce sport est difficile. "

2011

" Les nouveaux venus se sont d'emblée fondus dans le groupe. Il est très facile de travailler avec eux, mais je sais me mettre à l'écart quand il le faut. Scott Dureau a toujours un petit mot sympa pour moi. Et quel joueur ! En l'espace de deux matchs, à Warrington et à Wigan, il est devenu le nouveau Stacey Jones des Dragons. "

HULL FC

" Il faut concrétiser à Brutus, abattre le chat noir, pour montrer le vrai visage de cette équipe. Car quand les joueurs sont sifflés, je me sens aussi peiné qu'eux. Mais qu'ils rééditent le même match qu'à Warrington ou qu'à Wigan, et le public oubliera tout. "

SON TRAVAIL

" J'ai toujours quelque chose à faire, au stade. C'est pourquoi j'y passe même le jour de repos des joueurs et du staff technique. En fait, je ressens rarement le besoin de couper. Mais le club me fait tellement confiance… "